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 posté le 03-11-2007
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Les enfants de la rue en RD Congo
        Intégrer les enfants pour qu'ils s'échappent de l'enfer de la rue

Congo : Sortir les enfants de la rue

(Syfia Grands Lacs) A Kinshasa, on les appelle shegues. A Bukavu, Maibobo ou Mike.

D'une ville à l'autre, en République Démocratique du Congo, le sort des enfants de la rue est peu enviable. Pendant que les adultes préparent les élections, de Goma à Lubumbashi, des initiatives naissent pour les réinsérer dans une vie normale.

"La ferraille, c'est mon job dominical. Les autres jours, je suis à l'école", explique Cubaka, 14 ans, qui habite la commune d'Ibanda à Bukavu, à l'Est de la RdC. Il est sixième d'une famille nombreuse. Son père est polygame et ne sait plus s'occuper ni de ses 24 enfants, ni de ses 4 épouses. C'est donc à cet adolescent que revient la lourde tâche de ramener une partie de l'argent familial.

Cubaka n'est pas le seul à se livrer à la recherche et à la vente de la ferraille. Ils sont des centaines de gosses de 10 à 17 ans, à Bukavu, à fouiller les décharges publiques et les caniveaux en quête de ferraille qu'ils revendent à des commerçants locaux ou étrangers. On les rencontre partout transportant d'étranges colis, des sacs de toutes dimensions bourrés de barres de fer. Ce sont pour la plupart des enfants issus des familles démunies que les parents ne sont plus capables de prendre en charge.

"Je pense avoir ici quelque 30 kg. Avec l'argent gagné, je vais payer mes frais scolaires et m'acheter un pantalon ou une paire des pantoufles", explique Cubaka pour justifier son travail.

Dans la mesure du possible, les ferrailleurs préfèrent traverser la Ruzizi pour aller écouler leur marchandise au Rwanda voisin, où elle rapporte plus que localement. Depuis la fin de la guerre en 2002, ce marché prospère en effet dans ce pays et en Ouganda.

Trésor, 9 ans, est fils d'un soldat. Il accompagne ses deux frères au Rwanda : "Nous avons ramassé un peu plus de 50 Kg. Nous allons les vendre de l'autre côté. Là, on nous prend le kilo à 20 francs congolais (0,05 $). Ici, on ne nous donne que 15 Fc (0,03 $) le kilo, nous explique-t-il. Nous rentrerons avec de la nourriture pour la famille".

Les petits vendeurs courent cependant des risques en traversant la frontière. Aimé, 12 ans, raconte pourquoi il refuse d'aller vendre lui-même sa ferraille au Rwanda : " Nous savons que le kilo de ferraille se vend plus cher là-bas. Mais les policiers affectés à la frontière font payer 50 Fc (0,12 $) à tout petit ferrailleur qui n'est pas fils d'un de leurs ou d'un militaire, se plaint-il avec dégoût. Sinon, ils jettent son colis dans la Ruzizi".


Une jeunesse indésirable

Pour mettre fin au vagabondage des Maibobo (enfants de la rue), les autorités municipales de Bukavu ont décidé de les chasser du centre-ville. Accompagnés des policiers, les services de la mairie ont ratissé la ville pour leur mettre la main dessus.

Officiellement, une fois arrêtés, ils sont acheminés dans des centres pour apprendre un métier ou être scolarisés. Pour les plus jeunes, les services municipaux mèneraient des investigations pour les réintégrer dans leur famille.

Cette vaste opération inquiète cependant les Ong qui encadrent les enfants de la rue. Elles doutent notamment de la capacité des autorités à scolariser ces enfants, dont l'âge varie de 4 à 24 ans, et des objectifs réels de cette rafle.

''Nous avons sillonné la prison centrale et les différents cachots de la ville, les enfants n'y sont pas, se plaint Emile Namwira, coordonnateur du Centre de récupération de enfants de la rue (Crer), qui a fait partie de la commission d'enquête ayant inspecté sur les lieux où seraient gardés les enfants. Et à l'heure actuelle, aucune école ne va accepter d'inscrire un enfant, vu l'avancement de l'année scolaire", ajoute-t-il.

Mais Prosper Mushobekwa, le maire de la ville de Bukavu, est catégorique : les gosses ont le choix entre retourner dans leurs familles, être scolarisés ou apprendre un métier.

Le maire semble cependant oublier que quelques semaines plus tôt, il a fait appel aux mêmes Maibobo pour remettre de l'ordre au marché central de Kadutu. Les enfants ont aidé la police à chasser les derniers vendeurs qui ne respectaient pas la nouvelle réglementation fixant l'heure de fermeture du marché à 16 heures. "Les autorités nous avaient demandé de rassembler tous les Mike (synonyme de Maibobo, Ndlr) de Bukavu au marché central, témoigne Alias Rasta, lui-même âgé de 19 ans. Nous les aidons à chasser les femmes qui traînent aux environs du marché."

Le fait de leur confier cette tâche habituellement réservée à la police nationale a été fort critiqué par la population, d'autant plus que cette opération a souvent entraîné des abus : vols, extorsions de bien, menaces... Au coup de sifflet de 16 heures, police et enfants de la rue intervenaient. "Ils m'ont arraché de l'argent et l'unique mesure de farine de manioc que j'avais pour nourrir mes enfants, raconte Jeannette, une vendeuse de tomates. Ils disaient avoir l'autorisation des responsables du marché de faire tout ce qu'ils voulaient des femmes qui quittent tard le marché."


Plus accueillant que le trottoir

A Lubumbashi, au Sud-Est du pays, les autorités voient également d'un mauvais oeil ces enfants des rues rassemblés, chaque nuit, dans une maison d'accueil, Bakanja-ville, en plein centre.

Ce lieu d'hébergement a été mis sur pied par des religieux belges de la congrégation des Salésiens de Don Bosco qui ont décidé d'apporter aux enfants un peu de chaleur et de sécurité après la débrouille de la journée.

"Je cire les chaussures en ville et je passe souvent mes nuits ici, raconte Antoine, 14 ans, orphelin de père et de mère. Avec le peu d'argent que je gagne, j'achète à manger et donne une partie au frère (responsable du centre, ndlr) pour mes économies...".

Chaque nuit, ils sont entre 300 et 400 à prendre d'assaut Bakanja-ville, ce qui ne fait certainement pas l'unanimité à Lubumbashi. "Le maire aimerait que cette maison soit remplacée par une autre à la périphérie. Que les enfants soient enfermés au lieu de les laisser circuler en ville...", maugrée le Père Manu.

"Tel qu'ils sont rassemblés, ils constituent une force et une source d'insécurité", affirme un habitant du quartier, où se situe la maison. Pourtant, celle-ci est indispensable à tous ces enfants qui n'ont pas de toit sous lequel s'abriter. Ils n'y ont pour lit qu'une mince couche de carton déplié ou une bâche qu'ils ramènent de la rue, mais l'endroit leur offre un cadre bien plus accueillant que le trottoir : douches extérieures, toilettes, dépôt pour leurs petites affaires (habits, aliments). Ils peuvent même cuisiner dans un hangar où l'on aperçoit des braseros et des casseroles, ou encore jouer au basket sur un terrain aménagé. Enfin, le centre a ouvert une caisse pour leurs petites économies...

Cette maison d'accueil n'a pas été installée au centre de Lubumbashi par hasard. Le centre de la ville attire en effet beaucoup d'enfants des rues, qui tentent d'y gagner leur vie comme ils peuvent : porteurs, vendeurs ambulants, cireurs de chaussures, pickpockets...

"Nous profitons de la présence de ceux qui viennent passer la nuit ici pour les identifier, rechercher leurs familles et les réinsérer?, explique Pascal Mukendi, le responsable pédagogique du centre. Chacun des enfants est sensibilisé de manière individuelle..."

Après les séances de sensibilisation, 5 à 6 enfants sont replacés chaque jour dans leurs familles, selon Patrick Lunda Ngandu, assistant social. D'autres sont conduits, avec leur accord, à Bakanja-centre, à la périphérie de la ville, où ils apprennent un métier ou sont scolarisés.

"Le phénomène de rejet des enfants est plutôt rare à Lubumbashi, explique Emmanuel Degreef, père belge de la Congrégation des Salésiens de Don Bosco, qui encadre ces enfants. Beaucoup viennent de Mbuji-Mayi (province du Kasaï-Occidental, centre du pays), où la tradition de la polygamie entraîne souvent des dislocations familiales..."

Ce centre n'est donc qu'un refuge passager, uniquement réservé aux garçons de 4 à 17 ans. Les filles sont dirigées vers d'autres maisons d'accueil... "Si un enfant n'arrive pas à réintégrer une structure sociale, il est libre de décider de partir quand il veut", précise le Salésien.


Le sport pour s'en sortir

La liste des initiatives en faveur de la réintégration des Mike, Maibobo ou autres enfants des rues est assez diversifiée.

A Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, la municipalité contribue à les occuper par le sport et le travail. L'oisiveté contribuerait, selon Domitile Rusimbuka, chef de division des affaires sociales au Nord Kivu, à la délinquance des jeunes.

C'est ainsi qu'en 2000, la Division provinciale de la Jeunesse et des Affaires sociales, accompagnée de quelques ONG locales, a commencé à distribuer des ballons aux enfants de la rue pour qu'ils s'entraînent. Mais ces ballons étaient toujours revendus par eux, pour quelques sous.

"Nous avons alors cherché des jeunes dans les grands marchés, les bars ou la rue pour les encourager à s'entraîner au foot, explique Buuni Safari, un entraîneur actif dans les tournois de jeunes à Goma. En 2002, ils ont débuté les entraînements et ont participé à leur premier tournoi en 2003 ". La première expérience n'a pas été une grande réussite. Les enfants rassemblés n'étaient pas très nombreux, et les tournois organisés pendant les vacances et à l'occasion des journées internationales ne regroupaient en moyenne que trois équipes de foot.

"Cela nous a cependant permis de montrer aux autres enfants de la rue que nous étions capables d'autre chose que voler", reconnaît Adama, 15 ans. Cette nouvelle activité a tout de même amélioré un tant soit peu la vie de ces jeunes sportifs. "Avant, quand j'allais au stade, c'était pour tenter de voler de l'argent ou un téléphone à un spectateur distrait, avoue Mzee, enfant des rues qui a intégré les Aigles Noirs, l'équipe de Goma. Aujourd'hui, je suis honoré de voir des spectateurs venir assister à notre match."

Par ailleurs, les enfants déjà engagés dans les clubs sportifs s'emploient à sensibiliser les autres pour changer la mauvaise image qui leur colle à la peau.

Leur intégration dans la vie communautaire passe également par le travail. En 2002, l'éruption volcanique qui a détruit les deux tiers de la ville a permis de mettre à contribution ces jeunes de la rue à la reconstruction de la ville de Goma. "Nous avons travaillé comme aide-maçons de deuxième classe pour reconstruire la clôture du lycée Chem-Chem, pour un salaire de 4$ la semaine, se rappelle Michel. De tels emplois nous permettent de satisfaire nos besoins élémentaires et de ne pas penser au vol."

Contrairement au football, les filles ont également participé à ces travaux. Mais malgré ce changement d'activités, ces enfants vivent toujours dans la rue. Pour éviter tout dérapage, certaines 0NG et communautés religieuses tentent de les réinsérer dans leurs familles, mais le taux de réinsertion est encore très faible.

Membre du Parlement d'enfants du Nord-Kivu, Jeannot Kassa pense que les adultes ne se mettent pas suffisamment à la place de ces jeunes. "S'ils partent de l'idée que ces enfants sont des délinquants qu'il faut redresser, il est impossible de réussir leur intégration."

E. Tshilobo (Lubumbashi), R. Zawadi (Goma) et Boniface Bahizire (Bukavu)

Mis en ligne le 9 mars 2006 par
http://www.infosud-belgique.info


 

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